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discours du sénateur Courteau

Le discours du sénateur Roland Courteau (10 janvier 2009, à Bize-Minervois)


Roland Courteau a salué le mouvement associatif, très dynamique dans cette commune « ces hommes et ces femmes qui, au quotidien, nous démontrent que le bénévolat est un acte authentique de solidarité et une mention spéciale cette année au corps des sapeurs-pompiers qui, à chacune de leurs interventions, n'hésitent pas à mettre en jeu leur propre sécurité et leur propre vie parfois, comme ce fut le cas le jour de Noël, à Narbonne. Ces hommes et ces femmes manifestent régulièrement beaucoup de courage, beaucoup de dévouement et, surtout, ce sens très élevé de ce qu'on appelle le civisme et la solidarité.


"Puisque les sénateurs, qui sont les élus des élus, rencontrent plutôt les conseils municipaux que les populations, cette rencontre est pour moi l'occasion, publiquement, de rendre un hommage appuyé à votre maire, à ses adjoints, à toute l'équipe municipale, à ces hommes et à ces femmes qui, un jour, ont accepté d'assumer des responsabilités alors que rien ne les y obligeait. Avec tous les sacrifices que cela comporte, sacrifice de sa vie familiale, de son temps de sommeil, de ses propres loisirs et, parfois même, le sacrifice de sa vie professionnelle. Oui, je voudrais rendre un hommage appuyé à ces hommes et à ces femmes, élus actuels, élus anciens, à tous ces hommes qui se sont dévoués pour la cause communale. Si, un jour, vous les interrogez, ils vous diront que c'est une tâche exaltante et enthousiasmante, et ils auront raison. Mais ce dont ils ne vous parleront pas, mesdames et messieurs, c'est de ces centaines et centaines d'heures passées derrière les murs de la mairie, de la communauté de communes, de certains bâtiments administratifs, et sans que personne n'en sache rien. Ce dont ils ne vous parleront pas, c'est de ces nuits sans sommeil, quand sur le coup de 3 heures du matin, les soucis, les tracas vous assaillent, vous tenaillent et ne vous lâchent plus jusqu'au lever du jour. Ils ne vous en parleront pas, et c'est bien pour cela qu'aujourd'hui, en ce jour de voeux 2009, je voulais, mesdames et messieurs, vous faire connaître une partie de la vie méconnue de ces élus municipaux qui m'entourent aujourd'hui.

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Quand je vous adresse des vœux de bonne et heureuse année, par rapport au plan local, je ne prends pas de risques, car je les connais : ce sont des hommes et des femmes particulièrement consciencieux et, quand ils s'engagent, ils tiennent leurs promesses.

Par contre, vous adresser des vœux de bonne et heureuse année par rapport au contexte mondial, européen, national, ce n'est pas facile, vous vous en doutez bien. Par rapport à cette crise que nous connaissons : d'abord la crise viticole qui dure depuis cinq ans, six ans. Je sais bien que les viticulteurs dans ce secteur n'attendent pas que tout arrive de Bruxelles ou de Paris. Ils n'attendent pas que tout tombe du ciel. Je sais qu'ils ont su prendre en main leur propre destin. Mais ce que je veux dire, c'est que nous attendons des pouvoirs publics qu'ils ne laissent pas partir à l'abandon ce secteur d'activité, cette force de frappe économique pour notre département.

Une force de frappe économique quelque peu émoussée d'ailleurs. 2003, chiffre d'affaire de la viticulture dans l'Aude : 400 Millions d'euros. Cinq ans plus tard, chiffre d'affaire de cette même viticulture dans l'Aude : 280 Millions d'euros. Ce que j'attends des pouvoirs publics, c'est qu'ils ne laissent pas faire à la crise le sale boulot, c'est-à-dire rayer des pans entiers de notre viticulture languedocienne. Je sais bien que parfois, arracher, ça permet de sauver l'exploitation. C'est un véritable crève-cœur, mais ça peut permettre de sauver l'exploitation.

Je parlais de crise : crise viticole, crise énergétique, crise climatique et environnementale... je crois, Mesdames et Messieurs, que la planète est en danger, et que l'on doit cesser de considérer que vivre mieux, c'est toujours produire plus, toujours consommer plus et toujours gaspiller plus.

Un certain Obama a annoncé qu'il voulait mettre en place un « new deal » vert. Il a raison. De notre côté, nous allons faire en sorte que le grenelle de l'environnement, ce projet de loi que nous allons discuter au Sénat à la fin du mois de janvier, ne soit pas un simple catalogue d'incantations ou de « bonnes promesses »... Nous voulons qu'il ait du fond et que les projets qui seront présentés là aboutissent, notamment pour contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Et puis, à propos de crise, il y a aussi évidemment la crise avec un grand « C », la crise financière, qui s'est transformée en crise économique, qui est en train de se transformer en crise sociale. Des experts du monde entier ont prévu que 20 millions d'emplois seraient supprimés dans le monde en 2009, dont 200 000 en France.

Voilà le résultat de 25 années de laisser faire, de laisser aller, de dérégulation, de dérèglementation, de libéralisation. La question qui se pose est la suivante : Quelles sont les catégories sociales qui vont trinquer les premières ? Est-ce que ce sont les catégories sociales où l'on s'achète des montres à un prix équivalent à cinq années de SMIC ou est-ce que ce sont les catégories sociales qui éprouvent bien souvent des fins de mois difficiles ? Je crois que poser la question, c'est déjà y répondre.

Ma crainte, c'est que les injustices sociales déjà existantes viennent s'ajouter à de futures autres. Un journal national titrait il y a trois semaines : « 2007-2008 : année pourrie pour les plus démunis. » Vous allez me dire que c'était peut-être un journal engagé, qui exagérait un peu. L'institut national de la statistique INSEE ne dit pas autre chose concernant l'accroissement des inégalités. Je sais bien qu'à cette époque de l'année, il nous arrive des vœux d'un peu partout mais, Mesdames et Messieurs, face à un tel contexte de crise, des vœux ne suffiront pas.

Je lis dans des journaux que, parfois, des hommes et des femmes meurent de froid dans notre pays. La cause, ce serait le froid. Mais non. La cause, on la connait : c'est parce que ces hommes et ces femmes n'ont pas les moyens de se vêtir, de s'abriter des intempéries, de se soigner. Voilà où nous en sommes.

Alors, face à un infarctus économique de cette ampleur, je crois pouvoir vous dire qu'il ne suffira pas d'utiliser de simples tisanes. Il va falloir y mettre les grands moyens, et il ne s'agit pas aujourd'hui de secourir des banquiers qui ont été... ô combien imprudents, mais de venir en aide à des millions de personnes qui sont en perdition. Il ne suffit pas de critiquer, de constater, mais il faut aussi proposer. C'est ce que nous avons fait au Sénat récemment. Il faut mettre les grands moyens sur les investissements collectifs, en s'appuyant sur les collectivités locales et territoriales. Ces mêmes collectivités qui réalisent 75 % des investissements publics dans notre pays.

Plutôt que de les étrangler, mieux vaudrait que l'État les aide considérablement, ce pourrait être une solution à cette crise qui s'annonce terrible.

Il faut employer les grands moyens également dans ce que l'on appelle « les économies du savoir ». Et parmi elles, il y a au moins le système éducatif qu'il faut conforter et soutenir. De la maternelle jusqu'à l'université, plutôt que d'en saper les fondements comme on peut le regretter.

Voilà, Mesdames et Messieurs, il faut un plan européen massif d'investissement. Il faut donner du pouvoir d'achat aux catégories sociales, notamment les plus démunis. Il faut abaisser la TVA provisoirement. Si c'est pour une durée relativement courte, l'Europe ne s'y opposera pas. Mais à mon avis, c'est le seul moyen de relancer l'économie, par la relance de la consommation.

Pour conclure, je vois certains dirigeants qui parcourent le monde en disant « il faut davantage de règles, il faut davantage de règlements ».

Sauf que, au plan national, on ne cesse de dérèglementer, de déréguler le fameux code du travail avec la retraite à 70 ans (sur la base du volontariat, certes, mais que feront les jeunes qui cherchent un emploi ?) et la remise en cause du repos du dimanche."


Mis à jour (Mercredi, 18 Mars 2009 10:58)